Forum français sur les troubles dissociatifs
 
PortailAccueilRechercher Documentation ConnexionS'enregistrer
-40%
Le deal à ne pas rater :
– 40% sur la Table basse rectangle TIME – couleur Chêne
59.99 € 99.99 €
Voir le deal

 

 [ Etude scientifique ] Un cerveau, deux consciences

Aller en bas 
AuteurMessage
Dwelt
Admin
Admin
Dwelt


[ Etude scientifique ] Un cerveau, deux consciences Empty
MessageSujet: [ Etude scientifique ] Un cerveau, deux consciences   [ Etude scientifique ] Un cerveau, deux consciences Icon_minitimeSam 28 Mar 2020 - 13:36

Un cerveau, deux consciences

Source : One brain, two selves - Reinders and al., 2003


A.A.T.S. Reinders, E.R.S. Nijenhuis, A.M.J. Paans, J. Korf, A.T.M. Willmsen, et J.A. den Boer
Reçu le 12 Mai 2003 ; révisé le 6 Juillet 2003 ; accepté le 18 Août 2003


Résumé

Avoir un sens de soi est une spécificité du cerveau humain, une fonction explicite et d’haut niveau. La localisation anatomique de la conscience de soi et les mécanismes cérébraux impliqués dans la conscience ont été étudiés avec la neuro-imagerie fonctionnelle dans le cas de différents états émotionnels de la conscience de patients avec un Trouble de la Personnalité Multiple (c.-à-d. : Trouble Dissociatif de l’Identité, TDI). Nous avons mis en évidence des changements spécifiques de l’activité cérébrale, cohérent avec leur capacité à générer au moins deux états conscients et distincts, chacun avec son propre accès aux souvenirs autobiographiques liés aux traumatismes. Nos résultats révèlent l’existence de différents schémas de flux sanguins cérébraux associés à différentes perceptions (sens) de soi. Nous montrons ici des preuves du rôle important du cortex préfrontal médian (MPFC) et des cortex associatifs postérieurs dans les expériences conscientes.

_________________________________________________

Introduction

L’étude du fonctionnement cortical de la conscience humaine et de la conscience de soi est un point suscitant d’intenses débats et recherches. L’imagerie fonctionnelle cérébrale a permis de localiser les aires cérébrales impliquées dans les états mentaux liés à la conscience de soi. De façon générale, les sujets normaux sont testés alors qu’ils exécutent des tâches liées à la conscience de soi (p. ex. traitement d’informations liées à soi ou non - Craik et al. 1999; Kelley et al. 2002 ; Fink et al. 1996 ; Kjaer et al., 2002). Ici, nous approchons l’idée de "la conscience de soi" dans un cerveau présentant des anormalités dans sa perception du soi. Etudier des sujets avec une conscience d’eux-mêmes aussi perturbée peut apporter des informations inestimables sur les aires cérébrales et les réseaux neuronaux impliqués dans une expérience normale de la conscience de soi (Frith et al., 1998 ; Blanke et al., 2002).

Le Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) (APA, 1994), anciennement connu sous le nom de Trouble de la Personnalité Multiple, est un défi concernant la notion d’une conscience de soi continue (Damasio, 2000 ; Putnam, 994; Nijenhuis et al., 2002), car ces patients alternes de façon récurrente d’un état de personnalité (ie conscience de soi) à un autre. Les caractéristiques comportementales, sensations, perceptions, souvenirs (Dorahy, 2001), les fonctions corporelles et la conscience de soi autobiographique (Damasio, 2000 ; Paevizi et Damasio, 2001) semble dépendre de ces états de personnalité. Le TDI se développe habituellement dans un contexte de traumatisme complexe ayant pris place durant l’enfance et comprennent différents types d’états de personnalités dissociatifs (Putnam, 1994, 1997), incluant typiquement un état de personnalité "traumatique" et un état de personnalité "neutre" (EPT et EPN, respectivement). Les résultats cliniques suggèrent que les EPT ont accès à des souvenirs autobiographiques relatant les expériences traumatiques et possèdent des schémas de fortes réponses émotionnelles à leur sujet (traitement personnel de l’information). Quand en état EPN, les patients avec TDI déclarent avoir un certain degré d’amnésie vis-à-vis des souvenirs traumatiques, et/ou répondent de telles façons que ces souvenirs ne semblent pas leur appartenir (traitement impersonnel de l’information). Le point de vue majoritairement adopté sur ce phénomène (Damasion, 2000 ; Putnam, 1994 ; Nijenhuis et al., 2002) est que les patients avec TDI ont au moins deux états de personnalité ou d’identité qui prennent le contrôle du comportement et de la conscience (Damasio, 2000; Putnam, 1994) et que l’accès à la mémoire autobiographique liée aux traumas dépend apparemment de l’état de personnalité (Dorahy, 2001). Ces états de conscience, et plus particulièrement de conscience de soi, fluctuants dans un seul et même cerveau est un défi au regard de l’étude de la conscience de soi dans le contexte du traitement des informations dépendant des états de personnalité. D’ailleurs, d’après une minorité, l’existence des états d’identité dissociatifs n’a pas encore été prouvé.

Dans cette étude, nous avons étudié la représentation de la conscience de soi autobiographique de patients avec TDI. Nous avons exploré la possibilité qu’a le cerveau humain de générer (au moins) deux soi autobiographiques dissociatifs (ie deux états de personnalité dissociatifs, chacun avec sa propre conscience de lui-même) en utilisant une tomographie par émission de positrons (PET) et un paradigme fondé sur la provocation de symptômes visibles à l’imagerie par l’utilisation d’un scénario (Rauch et al., 1996). Notre procédure expérimentale permet la comparaison de quatre conditions : l’exposition a un scénario décrivant un souvenir neutre ou traumatique, tandis que le patient se trouve en EPN ou EPT (voir "Sujets et méthodes"). Si différents schémas d’activation peuvent effectivement être mis en évidence, nos résultats ne seront pas seulement importants dans la conceptualisation du TDI, mais enrichiront aussi nos connaissances sur le "soi" en termes de conscience de soi autobiographique, ainsi que nos connaissances sur les représentations neuroanatomiques fonctionnelles du cerveau humain.

_________________________________________________

Sujets et méthodes

Les sujets

Douze femmes (27-48 ans), remplissant les critères de l’APA (APA, 1994) (c.-à-d. DSM-IV) et du SCID-D (Steinberg, 1993) pour le diagnostic de TDI, ont participé à l’étude. Toutes ont donné leur consentement écrit, en accord avec la procédure approuvée par le Comité D'Éthique Médicale de l’Hôpital Universitaire de Groningen. Comme résultat de leur traitement, les sujets ont développé leur capacité d’initier d’elles-mêmes des basculements entre un de leurs Etats de Personnalité Neutre, et un de leurs Etats de Personnalité Traumatique (aussi décris comme Part Apparemment Normale de la Personnalité et Part Emotionnelle de la Personnalité (Nijenhuis et al., 2002)). L’Etat de Personnalité Traumatique testé (EPT) contenait au moins un souvenir traumatique et a rapporté être émotionnellement affecté par la réactivation de ce souvenir, tandis que l’Etat de Personnalité Neutre (EPN) a rapporté ne pas avoir de réponse émotionnelle face au souvenir traumatique choisi et se considérait comme n’ayant jamais été exposé à cet évènement traumatique.

Durant l’étude via le scanner PET, trois patientes étaient sous l’influence de médicaments qui auraient pu avoir un impact sur le débit sanguin cérébral. Une patiente était sous fluoxetine, une autre utilisait la paroxetine et la dernière était sous une combinaison de levopromazine, promethazine et flurazepam. De plus, un petit nombre d’interférences entre les états de personnalités lors des scans ont été rapportés. En utilisant le modèle linéaire général (GLM) (Friston et al., 1995b) comme inclut dans le package du Statistical Parametric Mapping (SPM99) (http://www.fil.ion.ucl.ac.uk.spm/), les effets de ces interférences et médicaments ont été testés. Des modèles étendus (voir "Analyses des données" pour le modèle définitif) ont été créés pour tester ces effets. Les effets des interférences ont été classées comme co-variables d’intérêt et testés avec un test F. Les effets des médicaments ont été testés à un niveau individuel (excluant un sujet du groupe) et a un niveau groupal (médicaments vs pas de médicaments) avec des tests t. Aucun effet significatif sur le débit sanguin cérébral n’a été mis en évidence lors du test sur les effets des interférences, pas plus que lors du test sur les effets des médicaments (informations non communiquées). Un PET scan a été exclu des analyses à cause de malformations neurologiques apparentes. A cause des mouvements de têtes entre les scans, induits par les basculements entre états de personnalité, certaines parties du cerveau sont sorties du champ de vision du scanner PET. Afin de maximiser le volume de cerveau disponible pour les tests statistiques, 11 scans avec des zones non-scannées majeurs ont été laissés de côté après une inspection visuelle faite par deux observateurs indépendants. Trois scans avec des mouvements de tête durant la récolte de donnée par le scanner PET et un scan ayant subi une erreur procédurale ont aussi été exclus des analyses de données. Au total, 5 scans ont dû être exclus, et 65 autres scans ont pu être analysés.


Les scénarios

Les sujets ont écouté deux scénarios de souvenirs autobiographiques sur bande son, impliquant une expérience neutre et une expérience traumatique leur étant arrivées. Le scénario neutre était vu comme une expérience personnelle par les deux états de personnalités. Cependant, seul l’EPT devait considérer le scénario traumatique comme lui étant propre. La durée des scénarios était de 120s. Le patient a donné les souvenirs et le thérapeute les a enregistrés sous forme de descriptions par stimulus. Afin d’éviter les effets de la suggestion (c.-à-d. pour éviter l’évocation directe de changement d’humeur), les souvenirs ont été décris à la troisième personne du singulier et les descriptions des réponses émotionnelles ont été exclues. Après la validation des scénarios par l’un des principaux chercheurs, le thérapeute a enregistré les scénarios avec une voix neutre afin qu’ils soient diffusés lors de l’étude avec scanner PET.


Déclenchement de symptômes et PET

La séquence de scanner a été : EPNn, EPNt, EPTn, EPTt, EPTn, EPTt, EPNn et EPNt (quatre conditions, passées deux fois). La lettre minuscule (n ou t) indique le contenu du scénario (neutre ou traumatique). Quatre scans ont été obtenus des EPN, et quatre autres ont été obtenus des EPT. Les deux basculements d’états de personnalité ont été induits par les patients et soutenu par le thérapeute des patients. L’enregistrement audio a été déclenché en même temps que l’injection du bolus, et les variations du rythme cardiaque ont été marquées (pour la méthode et l’analyse : voir HRV Guidelines, Malik, 1996). Immédiatement après la fin du scénario, la pression sanguine (systolique et diastolique) et la fréquence cardiaque ont été enregistrés, mesurant ainsi l’excitation du système nerveux autonome en termes de données cardiovasculaires (mesures objectives). Simultanément, le thérapeute a débriefé les expériences émotionnelles et sensorimotrices des sujets, en termes de réactions subjectives aux scénarios grâce à un questionnaire utilisant une échelle allant de "absence totale de réaction" (0) à "réaction extrêmement intense" (10). Les six émotions retenues étaient la peur, la douleur, la tristesse, la colère, la honte et le dégoût ; et les 10 modalités sensorimotrices étaient des réactions visuelles, kinesthésiques, auditives, olfactives et gustatives, ainsi que la douleur physique, l’engourdissement physique, le raidissement corporel, la paralysie et l’agitation.


Acquisition des image et traitement des données

L’acquisition, la reconstruction, l’atténuation, la correction des données, et les transformations et atténuations spatiales (noyau Gaussien de 12 mm) ont été réalisé de la façon habituelle (Reinders et al, 2002). En bref, les 120 scans ont été obtenus après un bolus de 500 MBq de H2 15O pour chaque scan, avec un scanner Siemens Ecat Extrat HR + PET en mode d’acquisition 3D. Les scans ont été reconstruits en utilisant un filtre de reconstruction standard. L’atténuation a été calculée avec la méthode de correction par atténuation (Reinders et al., 2002). Les informations PET ont été traduites en un format Analyze data. Le SPM99 a été utilisé pour la transformation spatiale (Friston et al., 1995a ; Talairach et Tournoux, 1988) et l’analyse statistique des données (Friston et al.,1995b). Les origines ont été posées manuellement à la commissure antérieure, avant de réaligner les séries PET à cet endroit. Ensuite, les scans ont été spatialement normalisés selon le modèle MNI (utilisant une forte régularisation). Les données ont été régularisées avec un noyau Gaussien isotropique de 12 mm FWHM.


Analyse des donnés

Afin d’éviter que les données du débit sanguin cérébral ne soient parasitées par l’auto-suggestion ou l’excitation du système cardiovasculaire, deux groupes de co-variables d’intérêt ont été inclus dans l’analyse des donnés des PET scans. Pour garder le pouvoir statistique du Statistical Parametric Mapping (SPM), les 25 mesures (9 cardiovasculaires, 16 évaluations subjectives) ont été condensées en cinq (trois versus 2) co-variables, utilisant une analyse des composants principaux (après une analyse des valeurs, faites avec le SPSS-PC 8.0, 1997), qui ont été testés avec deux contrastes F simples. Les résultats des deux cartes F ne révèlent aucune aire où la variabilité puisse s’expliquer par les mesures subjectives (c.-à-d. mesure des effets de la suggestibilité) ou par les mesures cardiovasculaires. La présence de différences régionales significatives liées à la tâche dans les débits sanguins cérébraux a été confirmée par de multiples analyses univariables de régression (Friston et al., 1995b). Les effets spécifiques aux conditions peuvent être confirmés en utilisant un contraste spécifique dans les estimations des paramètres, testés contre une hypothèse nulle, qui suppose qu’il n’y aura aucune différence entre les conditions testées.

Notre théorie suggère des changements statistiquement significatifs dans les débits sanguins cérébraux dans notre étude sur la conscience de soi. Cependant, aucune aire n’a été définie à l’avance. Aussi, les voxels survivants à un seuil P<0.001 (inutilisables pour une comparaison multiple (Friston et al., 1991) ont été soumis à une analyse de groupe. Par conséquent, les groupes ayant atteint un seuil statistique de P<0.05 (utilisable pour une comparaison multiple) ont été inclus dans la discussion (c.-à-d. "Niveau de groupe" (Friston et al., 1994)). De plus, nous avons ajouté les voxels significatifs (c.-à-d. "Niveau de voxel") (corrigés pour les comparaisons multiples, basé sur les statistiques de fausses découvertes du SPM99 package (www.sph.umich.edu/-nichols/FDR/)) dans ces groupes. Les effets significatifs ont été rapportés dans la Table 1, dans laquelle les coordonnées MNI ont été converties en Talairach space (www.mrc-cbu.cam.ac.uk/Imaging/mnispace.html) et leur localisation est décrite anatomiquement (Mai et al., 1997) ainsi que définie en termes d’aires de Brodmann (BA) (Talairach et Tournoux, 1988).

_________________________________________________

Résultats

Les patients pouvant avoir différents accès à leurs souvenirs émotionnels autobiographiques, nous avons comparé les débits sanguins cérébraux des EPN et EPT en train d’écouter un scénario lié au trauma, afin de trouver les corrélations neuronales de leurs différents soi autobiographiques. Nous avons posé l’hypothèse que les EPN traiteront le scénario d’un point de vue non-personnel, tandis que les EPT seront conscients du caractère personnel des informations. Comparer les traitements non-personnel et personnel du scénario traumatique (EPNt et EPTt) a permis de mettre en évidence une différence dans les schémas d’activation entre les deux soi.

L’analyse générale des schémas changeants de débits sanguins a montré une diminution de l’irrigation quand les EPT écoutent le scénario traumatique, comparé aux EPN (un exemple typique est montré par la Fig. 1A). Les aires impliquées sont listées dans la Table 1. En explorant la région frontale du cerveau, une différence unilatérale a été trouvée du côté droit, localisée dans la part médiane du cortex préfrontal supérieur, ie le MPFC, la BA 10 (Fig. 1B) et des modifications bilatérales de débits sanguins ont été observées dans la partie ventro-médiane du gyrus frontal moyen (BA 6, parties C1 et C2 de la Fig. 1). Dans les cortex associatifs postérieurs, nous avons trouvé les désactivations bilatérales les plus significatives, localisées dans le sillon intrapariétal (ie les aires d’intégrations pariétales, BA 7/40, voir Fig. 1D1 et 1D2) et dans la zone de transition entre le lobe pariétal supérieur et le lobe pariétal inférieur. De plus, une diminution de l’irrigation dans les aires associatives visuelles a été observée bilatéralement dans le sillon pariéto-occipital, dans la zone d’intersection entre la BA 8 et le précuneus (voir Fig. E1 et 1E2). Ces deux changements bilatéraux du débit sanguin cérébral ont été accompagnés par une désactivation du gyrus occipital moyen gauche en BA 19 (voir Fig. 1E1).

L’aire subissant la hausse d’activation la plus significative (en comparant les EPTt et EPNt) est l’operculum pariétal. Ce groupe inclut le gyrus insulaire. L’operculum pariétal et le gyrus insulaire sont tous les deux liés aux états émotionnels intenses, dans lesquels les EPT se trouvent.

La particularité du TDI fait que les EPN devraient traiter le scénario traumatique de la même façon (supposée non-émotionnelle) que le scénario neutre. Cela a été testé en comparant les scans EPNn et EPNt. Comme attendu, aucune différence significative dans les débits sanguins cérébraux n’a été trouvé. Enfin, nous avons regardé si les EPN et EPT traitaient le scénario neutre de la même façon autobiographique (non-émotionnelle) en comparant les EPTn et les EPNn. Aucun voxels ou groupes significatifs n’a pu être mis en évidence, ce qui est cohérent avec nos hypothèses.

Figures et Tableaux:
 

_________________________________________________

Discussion

Damasio et ses collègues (Damasio, 200 ; Parvizi et Damasio, 2001) ont fait la distinction entre le soi fondamental et le soi autobiographique. La création d’un soi fondamental est basé sur la représentation cérébrale linéaire d’une personne à un moment donné. Ce soi a une organisation grandement restreinte et émerge de la conscience fondamentale, qui est un simple phénomène biologique. Le soi fondamental n’a pas de perception du passé (c.-à-d. souvenirs, mémoire) ni n’est capable d’imaginer le futur, choses qui sont requises pour la création d’un soi autobiographique. Le soi autobiographique, qui est connecté aux souvenirs autobiographiques, est plus vulnérable aux influences environnementales. D’après Damasio, les patients avec TDI puisent dans même ressource biologique et ont donc un seul soi fondamental. Cependant, à cause des souvenirs autobiographiques qui sont soumis à des influences environnementales perturbatrices, ils peuvent avoir plusieurs soi autobiographiques. Nos résultats sont consistants avec la théorie de Damasio et de ses collègues (Damasio, 200 ; Parvizi et Damasio, 2001) selon laquelle les patients avec TDI ont plusieurs soi autobiographiques.

En comparant les traitements personnels et impersonnels du scénario traumatique (soustraction EPNt-EPTt), nous avons trouvé un réseau d’aires cérébrales désactivées, incluant le MPFC droit, le gyrus frontal moyen (bilatéral, BA6), les aires associatives visuelles (BA 8/19) et les aires d’intégration pariétales (bilatérales, BA7/40, voir Fig.1). Ce schéma de désactivation est cohérent avec les rapports d’imageries précédents sur des sujets normaux (Craik et al., 1999; Fink et al., 1996) qui explorent le processus de récupération de souvenirs en mémoire épisodique autobiographique ou non-autobriographique. Cela confirme la façon non-autobiographique (soi versus non-soi) avec laquelle les EPN traitent le scénario traumatique, soutenant le concept d’un sens de soi autobiographique différent entre les EPN et EPT, et ce au sein du même cerveau.

Ces aires trouvées dans les cortex associatifs postérieurs (voir Fig. 1D, 1E et Table 1) sont impliquées dans l’intégration des informations visuelles et somatosensorielles, reflétant les perturbations visuelles et physiques ressenties lors de la reviviscence du trauma. Les changements d’irrigations en BA 7/40 ont été mises en évidence par le passé comme étant en lien avec les différents sens de soi de patients ayant un trouble de la dépersonnalisation (Simeon et al., 2000). De plus, les régions postérieures (BA 7/40 et précuneus) sont supposément impliquées dans l’apport supplémentaire d’informations pour le traitement conscient de l’information (Kjaer et al., 2002; Mazoyer et al., 2001). Les changements dans le débit sanguin cérébral des aires associatives visuelles (BA18 et précuneus) et du gyrus occipital médian (BA19) reflètent l’incapacité des EPN d’intégrer les informations visuelles et somatosensorielles. Ce blocage des informations traumatiques empêche tout traitement émotionnel postérieur, ce qui reflète le système de défense tel qu’utilisé par les patients avec TDI, afin de leur permettre de fonctionner au quotidien (Nijenhuis et al., 2002). Ainsi, les EPN, comparées aux EPT, montrent des perturbations du débit sanguin pariétal et occipital, ce qui suggère un faible niveau d’intégration et de conscience somatosensoriels (Simeon et al., 2000), par la suppression de l’activation/réactivation de ces aires. Ces résultats sont cohérents avec les caractéristiques de la dépersonnalisation clinique des EPN (Nijenhuis et al., 2002) aussi bien que les réponses subjectives de notre étude.

Le MPFC, lui, est impliqué dans les expériences conscientes, l’activité mentale perçue comme faisant partie d’un référentiel propre à soi (Gusnard et al., 2001) et dans la représentation explicite des états du moi (Frith et Frith, 1999). Le cortex préfrontal médian jouerait un rôle crucial dans la représentation du concept du soi (Craik et al., 1999 ; Kelley et al., 2002). Nos résultats confirment la spécialisation du cortex préfrontal droit dans la fonction des représentations et perceptions de soi, comme l’indiquent les comparaisons de l’activité cérébrale des EPNt et EPTt. Nos résultats unilatéraux concernant le cortex préfrontal droit (voir Table 1 ; BA 10, cortex préfrontal médian supérieur ; et Fig. 1B) reflètent les différences dans le traitement des informations autobiographiques (Cairk et al., 1999 ; Wheeler et al., 1997), tout particulièrement dans le cas des EPT (Fig. 1A). Les autres réponses du cortex frontal, telles que la désactivation de la partie ventro-médianne du gyrus frontal (BA 6, Fig. 1C1 et 1C2, et Table 1) (Craik et al., 1999 ; Fink et al., 1996) étaient toutes bilatérales.

En faisant le contraste EPTt-EPNt, nous avons pu explorer les interactions entre les états de conscience de la personnalité et l’impact émotionnel de la mémoire autobiographique. L’aire avec l’augmentation d’activité la plus significative est l’operculum pariétal et le gyrus insulaire, jouant tous deux un rôle dans la régulation émotionnelle et la réaction comportementale face à la douleur (Sawamoto et al., 2000) ainsi que dans d’autres indices somatosensoriels indiquant la détresse (Reiman, 1997). L’activation de ces aires dans le cas des EPT, en comparaison avec les EPN, et en réaction au scénario traumatique, met en évidence la dissociation émotionnelle et comportementale chez les patients TDI. Cependant, l’activation de l’insula chez les EPT durant le rappel du souvenir autobiographique peut aussi être attribué à l’impact émotionnel de la tâche (Fink et al., 1996).

Cette analyse conceptuelle révèle des aires qui étaient considérées comme neutres dans la conscience humaine, impliquées dans des états de repos (Mazoyer et al., 2001), dans une anesthésie générale (Fiset et al., 1999) et la convalescence après un coma et un état végétatif (Laureys et al., 1999), et ainsi confirme l’implication des cortex associatifs postérieurs (incluant les aires pariétales), et le lien entre la conscience et le neuronal (Gusnard et Raichle, 2001). Nos données confirment l’émergence d’expériences conscientes (EPTt) versus inconscientes (EPNt) dans les réseaux neuronaux (Maquet, 2000 ; Fiset et al., 1999 ; Laureys et al., 1999 ; Gusnard et Raichle, 2001) des lobes pariétaux supérieurs et inférieurs, du cortex occipital droit, du précuneus, et des aires frontales incluant BA 6 et BA 10.

Les quelques tentatives de trouver une corrélation entre la dissociation et les aires cérébrales ont générées une très grande diversité de résultats (voir pour revue : Nijenhuis et al. (2002) et Dorahy (2001)). Cependant, aucune de ces tentatives n’a exploité l’opportunité unique de pouvoir comparer directement les réponses à des stimuli liés aux traumas chez un même patient qui peut exprimer différents états de personnalité, états dissociatifs. Nous avons montré que ces patients ont un accès à leurs souvenirs émotionnels autobiographiques dépendant des états de personnalité, et de fait différents soi autobiographiques. Bien qu’il puisse être argumenté que les patients avec TDI aient volontairement déclenché ou simulé (cognitivement) ces états, cela serait inconsistant avec la littérature, autant sur le diagnostic que sur le traitement de ces patients, qui inclue le DSM-IV (American Psychiatric Associatoin, 1994) et le SCID-D (Steinberg, 1993)*. Quand bien même, quel que soit le mécanisme sous-jacent, les patients avec TDI ont démontré des schémas de débit sanguin cérébral significativement différents selon les états de personnalité, qui sont cohérents avec la littérature sur le sens de soi et la conscience autobiographique. Dans ce contexte, nous concluons que les patients avec TDI sont capables de présenter deux états (de personnalité) et maintenons la relation observée entre les différents états chez les patients avec TDI et le soi.

En conclusion, la représentation anatomique de la conscience de soi autobiographique a été explorée de façon unique chez des patients ayant un Trouble Dissociatif de l’Identité. Nos résultats indiquent la possibilité pour un cerveau humain de générer au moins deux états de conscience de soi distincts, chacun avec son propre accès à la mémoire autobiographique liée au trauma, avec des rôles explicites joués par le MPFC et les cortex associatifs postérieurs dans la représentation de ces différents états de conscience.



*[ NdT : Voir l'étude de Reinders et al. de 2012 : Fact or Factitious? A Psychobiological Study of Authentic and Simulated Dissociative Identity States - résumé de l'étude sur le forum ]
Revenir en haut Aller en bas
 
[ Etude scientifique ] Un cerveau, deux consciences
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Multiples :: Discussions publiques :: Documentation :: TDI, ATDS, TNDS-
Sauter vers: